Je voudrais signaler une projection-débat qui va se dérouler le 23 février, à 18h30, à la bibliothèque municipale du 7e arrondissement-Jean-Macé et qui fait écho à la conférence-débat que j’ai faite le 23 février pour le SUB-CNT (il est possible d’écouter la conférence en allant sur la page suivante).
La bibliothèque et l’association Ciné-Travail proposent, en effet, le film Les quais de Denis Gheerbrant (2009), puis un débat avec le réalisateur et Rolf Ebert qui est docker et se trouve au centre du documentaire.

Les Quais est l’un des sept films composant La république Marseille réalisé par Denis Gheerbrant et centré sur les quartiers populaires de Marseille. Les Quais part à la rencontre de Rolf, docker, profondément attaché à son quartier, l’Estaque et à son identité professionnelle, celle de docker. Blessé au travail, il reprend son activité après deux ans d’arrêt. Mais, les projets immobiliers et la désindustrialisation aidant, l’Estaque de Rolf est en train de changer et l’avenir du port est en jeu. Le métier de docker, de plus en plus marginalisé, est en pleine évolution et les solidarités ouvrières, fondées sur les luttes menées depuis des décennies et une présence syndicale très forte, sont en train de s’effriter.

« Derrière la simplicité des questions posées par Gheerbrant à tous ceux qu’il rencontre, ce qui peu à peu se dévoile est immense : un même exil intérieur, une commune expérience de la défaite, la nostalgie du collectif ou d’un ailleurs disparu, raccordant chacun à beaucoup plus grand que lui – classe sociale, peuple, mémoire des luttes ou Histoire. Entre le cinéaste et ceux qu’il filme frappe d’abord la qualité des échanges, de l’ordre d’une reconnaissance immédiate et spontanément fraternelle » (Patrick Leboutte).

Bibliothèque du 7e – Jean-Macé :
2 rue Domer – 69007 Lyon
Tél. : 04 78 96 48 30

Télé Millevaches est une association, créée en 1986, dont l’objet est de contribuer à la revitalisation du territoire du plateau de Millevaches qui se situe au point de contact entre les 3 départements limousins. C’est de ce plateau, et de celui des Combrailles, que venaient la plus grande partie des maçons limousins qui ont alimenté les chantiers lyonnais pendant plusieurs siècles.
Télé Millevaches, depuis 23 ans qu’elle diffuse un reportage vidéo mensuel sur sa région, a abordé à plusieurs reprises la question des migrations d’hier et aujourd’hui. Elle revient, dans son dernier reportage sur la question et aborde longuement le cas des paysans-maçons qui se rendaient dans la région lyonnaise.

Cliquer sur l'image pour voir l'émission

Par ailleurs, si la montagne limousine a été durement touchée par l’exode rural, elle a joué aussi le rôle de terre d’accueil et de refuge pour certains. Avec le retour à la terre dans les années 70 et aujourd’hui le “phénomène des néo-ruraux”, la montagne limousine à l’image de toute la campagne française, attire de nouvelles populations. Néo-ruraux, jeunes retraités de retour au pays, populations d’origines turques ou anglophones, jeunes urbains…

Le 23 janvier dernier, j’ai été invité par le Syndicat Unique du Bâtiment de Lyon, adhérent à la Confédération Nationale du Travail, à faire une conférence sur le syndicalisme révolutionnaire dans l’industrie du bâtiment de Lyon au cours de la première moitié du 2oe siècle. Mon propos s’est limité aux années 1910-1935, qui est la période pendant laquelle le courant du « syndicalisme révolutionnaire » a dominé le bâtiment de Lyon et a marqué très profondément les formes d’organisation et les méthodes de luttes des syndicats ouvriers de ce secteur industrielle.

J’ai essayé de montrer quels étaient les enjeux, internes et externes au monde du bâtiment, nés des transformations de la fin du 19e siècle, qui se posaient très concrètement aux organisations syndicales du bâtiment, et les chemins qui les ont conduit à adopter cette forme de syndicalisme fondée sur l’action directe, le refus de la subordination du syndicalisme au politique et  la revendication de l’autonomie ouvrière. Le syndicalisme révolutionnaire a permis de trouver des solutions organisationnelles aux problèmes rencontrés et de lancer des mobilisations importantes qui ont placé le bâtiment lyonnais à la tête des luttes ouvrières du Rhône pendant plus d’un demi-siècle.

Écoutez mon intervention du 23 janvier 2010 :


Date de l’enregistrement : 23/01/2010 – Durée : 59 mn

Cette intervention peut être reproduite et diffusée librement, à condition d’en citer l’auteur (Jean-Luc de Ochandiano), la date et le cadre (Conférence du SUB-CNT de Lyon) et de donner la référence de la page web d’où elle est extraite.

En écho à la conférence que j’ai faite en novembre 2009 sur les relations entre les syndicats ouvriers du bâtiment de Lyon et les étrangers entre 1870 et 1940 (et que vous pouvez écouter en allant sur cette page), je voudrais signaler la sortie d’un ouvrage de l’historien Gérard Noiriel sur les massacres d’Aigues-Mortes en 1893.
Le 17 août 1893, dans les marais salants d’Aigues-Mortes où la récolte du sel rassemblait des centaines de travailleurs français et italiens, s’est déroulé le plus sanglant « pogrom » de l’histoire française contemporaine : des émeutes entre ouvriers ont provoqué la mort d’au moins 8 d’entre eux et fait plus de 50 blessés – tous des Italiens – massacrés par des Français. En dépit des preuves accablantes réunies contre eux, les assassins furent tous acquittés. Cet événement a placé la France au ban des nations européennes et l’a conduite à deux doigts d’une guerre avec l’Italie. Finalement, afin de préserver la paix, les deux gouvernements ont préféré enterrer l’affaire. L’année suivante, à Lyon, après l’assassinat du président de la république Sadi-Carnot par un anarchiste italien, de nombreux magasins et ateliers italiens (environ 140) ont été pillés et, pour nombre d’entre eux, incendiés par des manifestants. De nombreux Italiens préférèrent quitter Lyon plutôt que de subir le sort de leurs compatriotes d’Aigues-Mortes.

Gérard Noiriel, directeur d’études à l’EHESS, est un spécialiste de l’histoire de l’immigration et de la question nationale et, pour moi, un des historiens les plus stimulants à l’heure actuelle. Dans son ouvrage, il explique pourquoi les mutations politiques et économiques de la fin du 19e siècle ont rendu un tel massacre possible. Comment les discours officiels sur la fierté d’être français ont-ils incité les laissés-pour-compte de la République à s’acharner contre les étrangers ? Comment le patronat, les militaires, les journalistes, les juges et les politiciens sont-ils parvenus à échapper à leurs propres responsabilités ?

Pour ceux qui voudraient aller plus loin sur ces questions, je conseille aussi la lecture de son ouvrage Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXe-XXe siècle), qui est paru en 2007. C’est un ouvrage assez dense mais d’un intérêt particulier pour l’étude de l’émergence et du développement du discours national en France.

Gérard Noiriel. Le massacre des Italiens : Aigues-Mortes, 17 août 1893, Fayard, 19 €.

Ludovic Frobert, directeur de recherche au CNRS, a publié, à la fin de l’année 2009, un ouvrage très intéressant sur les canuts lyonnais. L’originalité de l’approche de l’auteur repose  sur son angle d’étude. Le livre traite, en effet, plus spécifiquement de la presse créée par ces chefs d’ateliers et ouvriers de la soie au lendemain de la révolution de 1830. Ludovic Frobert connaît bien ces journaux car il est le créateur et l’animateur d’un site web, L’Echo de la Fabrique (du nom du plus célèbre de ces journaux) où il met en ligne, en texte intégral, l’ensemble des articles qui y ont été publiés et les accompagne d’un appareil critique.

A travers la lecture attentive des numéros publiés pendant une cinquantaine de mois, Ludovic Frobert a tenté de mettre en lumière l’évolution des débats qui agitent le monde des canuts pendant cette période charnière. Il montre bien en quoi les questions de concentration industrielle et d’approfondissement de la division du travail sont à l’origine de cette mobilisation. Les canuts cherchent, en effet, dès les années 1830, à défendre, tout en le réformant, le modèle de la « manufacture dispersée » car ils le savent menacé par les expériences anglo-saxonnes que veulent importer les négociants en soierie et certains hommes politiques, même dans le camp républicain. Dès cette époque, ils ont bien compris en quoi la concentration de la production au sein de grandes unités a pour corolaire, pour l’ouvrier, la perte de la maîtrise de la chaîne productive, et donc la disparition des savoirs et des savoir-faire. La déqualification, la hiérarchisation, l’accroissement de l’exploitation de la main d’œuvre, la remise en cause des formes d’organisation ouvrière et des solidarités seront, selon les canuts, la conséquence de ce processus. Au cœur de ce débat, se pose la question de l’autonomie des ouvriers et des formes de culture ouvrière dont les canuts perçoivent bien qu’elle est menacée par le monde de l’usine.

Accéder au site L'Echo de la Fabrique

A partir de ce constat, les chefs d’ateliers et les ouvriers impliqués dans la rédaction de cette presse canuse, mais aussi les nombreux contributeurs extérieurs à cette sphère qui vont participer à ce débat, ont essayé d’imaginer des voies d’avenir pour leur modèle dont Ludovic Frobert souligne bien qu’il mêle à la fois l’économique et le politique. En l’espace de trois ans, les rédacteurs de ces journaux vont débattre successivement autour de plusieurs théories économiques et politiques dont ils ont l’espoir qu’elles vont faire avancer leur cause : le saint-simonisme, la pensée républicaine et le mutuellisme fouriériste. La réflexion autour de ces pensées montrent en creux la montée en puissance de certaines idées à l’époque : la croyance, jusqu’au sein du monde ouvrier, en l’industrie comme vecteur de bien être matériel et moral ; l’aspiration à la démocratie et l’espoir qu’une république sociale saura prendre en compte les aspirations du monde ouvrier (espérance qui renaîtra en 1848 mais sera contredite par les faits et conduira à l’insurrection ouvrière de juin 1848) ; et, dans une dernier temps, la naissance d’une réflexion autour de la mise en place d’organisations et de formes de mobilisation propres du monde ouvrier : la grève, le mutuellisme, la mise en place de coopératives de consommation naîtront de cette réflexion qui ébauche les traits d’un monde ouvrier qui prendra véritablement forme à la fin du 19e siècle.

Loin des clichés habituels sur les révoltes des canuts de 1831 et 1834, qui relèvent plus souvent du folklore que de l’analyse historique, Ludovic Frobert livre une étude riche qui montre un monde ouvrier incroyablement ouvert aux questions de l’époque, capable de dialoguer avec les autres journaux de l’époque, d’analyses politiques et économiques fines, mais aussi d’humour.
Une critique tout de même, de la part de quelqu’un qui s’intéresse à l’histoire sociale. Si l’analyse du contenu et de l’évolution de la ligne éditoriale des journaux canuts est très fine, l’ouvrage nous apprend peu de choses sur les modalités pratiques de production et de diffusion d’un journal ouvrier à Lyon au début des années 1830 : Quelle est l’organisation matérielle de ces journaux ? Quels sont les budgets et d’où viennent-ils ? Qui imprime cette presse ? Comment s’effectue la distribution ? Quels sont les lecteurs ? Peut-on évaluer l’impact de cette presse à l’échelle du monde de la Fabrique ? etc.
Certains éléments de réponses apparaissent au fil de l’ouvrage, mais cela reste finalement très ténu. Mais les archives existe-t-elles pour mener à bien cette étude ? Rien n’est moins sûr et l’auteur a peut-être dû se cantonner à une histoire intellectuelle faute de sources pour l’articuler à une approche plus sociologique. Il n’en reste pas moins, un travail de recherche inédit et indispensable pour tous ceux qui s’intéresse au monde ouvrier et à l’émergence de problématiques qui sont toujours d’actualité.

En complément à ce rapide compte-rendu, il est possible de voir une courte interview de Ludovic Frobert concernant son travail de recherche sur le site 25 images SHS

Ludovic Frobert. Les Canuts ou la démocratie turbulente : Lyon, 1831-1834. Paris : Tallandier, 2009, 224 p., 25 €

La prochaine conférence-débat que je vais faire aura pour thème « Aspect et originalité du syndicalisme révolutionnaire dans le bâtiment lyonnais ».

Elle aura lieu le 23 janvier 2009 à 14h30 sur les pentes de la Croix-Rousse et est organisée par le Syndicat Unique du Bâtiment (SUB) de Lyon, qui est adhérent à la Confédération Nationale du Travail (CNT). Pour en savoir plus, vous pouvez aller sur le blog de la CNT 69.


L’intervention traitera du syndicalisme dans le secteur du Bâtiment de Lyon avant-guerre. Les organisations syndicales de cette industrie sont restées  attachées au Syndicalisme Révolutionnaire jusqu’à la veille de la Second Guerre mondiale et ont gardé une vitalité très forte, particulièrement à Lyon, malgré le recul et les échecs du mouvement ouvrier au niveau national. Les formes d’organisation mises en place visaient notamment à répondre à l’organisation particulière du travail dans le bâtiment et à éviter les divisions entre ouvriers français et immigrés dans un secteur où les travailleurs étrangers étaient (et sont toujours) particulièrement nombreux.

La conférence-débat aura lieu au local de la CNT, 44 rue Burdeau – Lyon 1er.
Télécharger l’affiche de la conférence au format A3.

Le 25 novembre 2009, j’ai participé à un colloque organisé par l’Institut Régional CGT d’Histoire Sociale Rhône-Alpes sur le thème “Migration, immigration et constitution du mouvement social régional”. J’en ai donné le programme ici.
Mon intervention s’intitulait « L’intégration des immigrés au sein des organisations syndicales :  un enjeu central pour les syndicats du bâtiment de la région lyonnaise (1870-1940) ». Pour celles et ceux qui n’ont pas pu participer à ce colloque, je vous propose de l’écouter ; elle dure environ une demi-heure.

Cette intervention visait à étudier les relations complexes qui ont existé entre les syndicats et les étrangers, et ceci dès la naissance de ces organisations au cours des décennies 1870-1080, précisément au moment où se mettaient en place les principaux éléments qui vont fonder le discours national de l’État français jusqu’à nos jours. Les syndicats du bâtiment de Lyon (notamment ceux des maçons et des plâtriers-peintres que j’ai étudiés lors de cette intervention) ont dû d’emblée affronter la question nationale et ont tenté de mettre place, notamment à partir des années 1910, des solutions originales pour mettre à distance la tentation xénophobe, même si les périodes de crises économiques n’ont pas toujours permis d’éviter complètement les conflits sur ces questions.

Écoutez mon intervention du 25 novembre 2009 :


Date de l’enregistrement : 25/11/2009 – Durée : 31 mn

Cette intervention peut être reproduite et diffusée librement, à condition d’en citer l’auteur (Jean-Luc de Ochandiano), la date et le cadre (Colloque de Institut Régional CGT d’Histoire Sociale Rhône-Alpes) et de donner la référence de la page web d’où elle est extraite.

Dans la continuité de l’exposition organisée sur l’histoire du quartier Olivier de Serres à Villeurbanne, le Rize (Centre Mémoires & Société) organise une journée d’étude sur le thème « immigration et logement » qui se déroulera le 29 janvier 2010 de 9h à 17h.
La journée est organisée en partenariat avec le LARHRA (Laboratoire Rhône-Alpes de Recherches historiques) dont certains membres interviendront lors de cette journée (Jean-Luc Pinol, Michelle Zancarini-Fournel…).

A l’issue de cette journée, le Rize propose également une soirée en partenariat avec l’Institut Lumière sur le thème des grands ensembles. Deux films  seront projetés à l’Institut à partir de 21h : Aubervilliers de  Eli Lotar (1946, 24mn, N&B) et Chronique d’une banlieue ordinaire de Dominique Cabrera (1992, 56mn, couleur)
Les inscriptions sont ouvertes par e-mail à l’adresse suivante : lerize@mairie-villeurbanne.fr ou par téléphone au 04 37 57 17 17

Télécharger le programme de cette journée d’étude.

Il y a quelques jours, je vous signalais ici le colloque organisé par l’Institut d’histoire sociale régional de la CGT dans lequel je vais intervenir la semaine prochaine. Le programme détaillé est enfin disponible. Au total, tout au long de la journée, six interventions essaierons d’apporter quelques éclairages sur les relations complexes tissées entre les syndicats et les migrants depuis la fin du 19e siècle.
Une précision importante : ce colloque ne s’adresse pas à un public de spécialistes en histoire. Il a plutôt pour but de mieux faire connaître à un large public un aspect peu connu et peu étudier de l’histoire du mouvement syndical en France, et notamment dans la région Rhône-Alpes où le mouvement ouvrier a été important et s’est enrichi depuis le 19e siècle d’hommes et de femmes venus d’horizons géographiques très diversifiés.

Télécharger le programme complet du colloque IHS-CGT

gerlandVoici une séance de cinéma qui peut être intéressante : le musée Gadagne organise une soirée projection-débat le jeudi 26 novembre à 20h30  dans le cadre du mois du film documentaire sur le thème « Les métamorphoses urbaines de Gerland« 
Gerland,  c’est  l’histoire  d’un  ancien  quartier  industriel  et  populaire  transformé progressivement en espace urbain high-tech… La soirée propose un retour en images sur cette histoire avec une projection des documentaires « Gerland, métamorphoses  d’une  cité  industrielle » et « la fin des ouvriers » de la série « Cités culturelles » coproduite par le Musée Urbain Tony Garnier et  le musée Gadagne.
Débat en présence du réalisateur, Alain Chenevez, sociologue à l’Université de Bourgogne.

Lieux de la projection : Petit théâtre de Gadagne
Entrée gratuite sur réservation  au 04 37 23 60 45
Pour en savoir plus sur le mois du film documentaire

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