chantier interdit

L’ouvrage de Nicolas Jounin, Chantier interdit au public: enquête parmi les travailleurs du bâtiment est sorti en février 2008 aux éditions La Découverte. A l’époque, je n’avais pas pu le signaler car le blog n’existait pas. Alors je profite de sa sortie en poche pour en recommander la lecture.

L’auteur, qui est sociologue, s’est fait embaucher sur des chantiers parisiens et a travaillé dans le ferraillage du béton armé. De cette expérience, de ses entretiens avec des ouvriers, des chefs de chantier et certains patrons, il a tiré une analyse extrêmement intéressant sur la logique actuelle du BTP, sur l’organisation des chantiers, et  les formes actuelles d’exploitation de la main d’œuvre. Il montre comment les hiérarchies du bâtiment s’appuient sur des distinctions implicites (et quelques fois explicites) entre groupes « racialisés », les uns (notamment les ressortissants des pays d’Afrique noire) étant d’emblée canalisés vers les fonctions les plus pénibles et les plus dangereuses, et ayant peu d’espoir de promotion sociale. Il étudie bien la précarité extrême dans laquelle se trouve une grande partie de la main d’œuvre du fait du recours presque systématique à l’interim et de l’emploi massif d’ouvriers sans-papier. L’auteur propose aussi une analyse très fine de relations sociales sur les chantiers.

Bref, une lecture très riche et qui n’est pas du tout rébarbative.

Pour ceux qui voudront aller plus loin dans la réflexion que propose Nicolas Jounin, il est possible de lire la version intégrale de sa thèse et certains des articles qu’il a publiés en allant sur son site internet.

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