Le dimanche 23 mai, Le Zola s’est associé à l’association Les maçons de la Creuse, pour proposer une projection inédite,  associant un documentaire et des images d’archives, qui a réuni environ 160 spectateurs. Ces films traitaient de la construction à Lyon et Villeurbanne, et du rôle important joué par les Limousins, depuis le 19e siècle et jusqu’au milieu du 20e siècle, dans cette industrie.
Mais avant d’en dire plus long sur le sujet, expliquons le point de départ de ce projet. Grâce aux informations d’Alain Liatard, l’ancien directeur et la mémoire du Zola, il a été possible de retrouver, dans les caves du cinéma, des bobines produites à Lyon et Villeurbanne dans les années 1930, dont de petits films réalisés par l’Avenir, une coopérative ouvrière de maçonnerie ayant joué un rôle très important dans l’agglomération lyonnaise.

Ces séquences filmées conservées par le Zola ont permis aux spectateurs de découvrir quelques chantiers du bâtiment des années 1930 : la construction de l’Hôtel-de-Ville de Villeurbanne, celle du quartier des Etats-Unis, plusieurs chantiers de HBM (les Habitations à Bon Marchés, ancêtres des HLM), etc. D’autres films tournés par la mairie de Villeurbanne vers 1934, complétaient les premières séquences. Ils montraient en détail le quartier des Gratte-Ciel tout juste sorti de terre et son environnement de l’époque : un habitat éparse, des usines dont les cheminées parsèment le paysage, des espaces encore vierges.


Au final, le matériau d’archive s’est révélé très intéressant car il nous montre des modes de construction qui ont disparues aujourd’hui et qui étaient spécifiques à la région lyonnaise. Il s’agit, en particulier de la technique du pisé qui a une histoire multiséculaire dans la région. Le pisé permettait, au départ, de construire des maisons à l’aide d’une terre argileuse que l’on compressait dans des coffrages à l’aide d’une masse. On trouve encore beaucoup de maisons en pisé à Villeurbanne, notamment sur la place des Maisons Neuves (qui porte donc bien mal son nom). Le pisé permettait de construire des murs monolithiques relativement solides, incombustibles, mais qui étaient sensibles à l’humidité du fait de l’usage de la terre comme matériau de base. D’où l’interdiction de la terre au milieu du 19e siècle et son remplacement par le mâchefer, un résidu de la combustion de la houille qui, mêlé à de la chaux, a été le matériau de base de la plupart des constructions populaires à Lyon  jusque dans les années 1950.

Gravure d'une maison en pisé - milieu 19e siècle

 

Les films d’archive, tournés par l’Avenir vers 1934, nous montrent aussi cette entreprise au moment où elle multiplie les chantiers d’envergure : construction de la plus grande partie du quartier des Etats-Unis, d’une partie des Gratte-ciel, de la mairie de Villeurbanne, de la faculté de médecine et de pharmacie, de l’Hôtel de la Poste de Lyon, de l’hôpital de Vienne, de nombreux groupes scolaires, etc. Mais quelle est l’origine de cette coopérative ouvrière dont l’histoire est intimement liée à celle de Lyon et Villeurbanne (une de ses dernières réalisation a été la Maison du Livre, de l’Image et du Son au début des années 1990) ?

 

L’Avenir a été fondée en 1919 par des ouvriers maçons qui viennent alors d’être démobilisés. Parmi eux, Antoine Charrial, qui sera directeur de l’Avenir pendant plusieurs décennies, a été le secrétaire du syndicat CGT des maçons de Lyon entre 1910 et 1913, puis le secrétaire de l’Union départementale CGT jusqu’à la mobilisation générale. Adrien Lemasson, qui sera son bras droit à la coopérative, lui a succédé à la tête du syndicat des maçons en 1913.  Tous les animateurs de l’Avenir sont d’anciens militants syndicaux qui croient alors que le modèle coopératif peut constituer une alternative au capitalisme et à la guerre dont ils ont fait la douloureuse expérience.

Fondateurs de la coopérative de BTP L'Avenir

Mais un autre point commun les unit. Tous, ou presque, sont originaires de la Creuse, de la Haute-Vienne ou de la Corrèze, les trois départements constituant le Limousin. Cela n’est pas le fruit du hasard. Depuis au moins le 18e siècle, la plupart des maçons travaillant à Lyon venaient de cette région. Il s’agissait, jusqu’à la fin du 19e siècle, de migrants saisonniers venant trouver de l’embauche pendant la belle saison sur les chantiers urbains afin d’échapper à la misère qui sévissait dans ces campagnes très enclavées et au climat très rude. Migrants de l’époque où l’immigration était encore balbutiante, ils étaient considérés comme de véritables étrangers et subissaient un rejet de la part de la population locale. Et ce n’est que vers 1880, alors que la migration saisonnière se transforme en exode rural, que ces Limousins commencent à prendre leur place dans l’espace de la ville et à revendiquer de nouveaux droits, notamment dans le domaine du travail.
L’histoire de ces migrants est riche et intimement lié au développement urbain de l’agglomération lyonnaise. C’est pourquoi, en partenariat avec Les maçons de la Creuse, association visant à promouvoir les recherches sur cette histoire, une projection a été réalisée sur le sujet. Avant les archives de l’Avenir, un documentaire, Gabriel, Sylvain, Amédée, et autres maçons migrants de la Creuse, a permis de mieux comprendre l’histoire de cette filière migratoire limousine.

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