Depuis quelques années, les préoccupations patrimoniales ont pris une grande importance, touchant tous les aspects de notre histoire. Ce retour vers le passé, dont on peut discuter les fondements idéologiques dans certains cas, a pour avantage de pousser à la recherche de sources, notamment dans des domaines où elles sont finalement très fragmentaires, comme dans le cas du monde ouvrier tel qu’il s’est développé et organisé au 20e siècle. Quand on recherche des documents sur ce monde multiforme, on se rend rapidement compte à quel point il a été méprisé et dédaigné en son temps : les sources sont rares dans les archives publiques, les témoignages très peu nombreux. Dans tous les cas, ils ne portent que sur des aspects limités de cet univers.
Les images n’échappent pas à cette situation, bien au contraire. Le monde ouvrier a produit peu d’images et suscité peu de productions photographiques. Les quartiers ouvriers n’étaient presque jamais pris en photos et les univers professionnels encore moins. Il y avait peu d’appareils photo dans ce milieu avant les années 1950-60, ce qui n’a pas permis d’avoir une production importante venant de l’intérieur. Malgré tout, l’essentiel de ce qui existe en la  matière n’est pas dans les fonds d’archives ou les bibliothèques mais chez les particuliers. Quelques photos transmises d’une génération à l’autre, qui laissent à voir des pans d’une réalité impossible à observer aujourd’hui.

Un certain nombre d’institutions publiques commencent s’intéresser à ces sources et à essayer de mobiliser les gens pour récupérer cette mémoire photographique. C’est le cas, par exemple, de la bibliothèque municipale de Lyon et du Rize de Villeurbanne, qui tentent récupérer des images de leur ville, ou de la mairie du 7e arrondissement qui cherche à s’appuyer sur les individus pour trouver des images de cet ancien quartier ouvrier, à l’occasion de son centième anniversaire (le 7e est né en 1912).

Les films traitant du monde ouvrier sont encore plus rares. D’où l’intérêt particulier de la séance du samedi 6 novembre organisée par les Inattendus au Musée Gadagne :

Archives militantes : luttes des travailleurs immigrés


Plusieurs films seront présentés tout au long de la soirée et seront suivis de débats avec Dominique Dubosc (Réalisateur), Michel Leclercq (militant du groupe Santé des Cahiers de Mai, AC!), Laure Pitti (historienne, maître de conférence à Paris VIII), Jérémy Gravayat (réalisateur), Tangui Perron (membre de l’association Périphérie, chargé du patrimoine, collaborateur aux Archives de Seine-Saint-Denis et éditeur de la collection Livre-DVD «Histoire d’un film, Mémoire d’une lutte»), et l’association Ciné-Travail :

16h30 : Séance « Les Luttes de Penarroya »

Cette rencontre sera articulée autour de trois films militants réalisés lors de différentes grèves ouvrières des usines Penarroya, épisodes de première importance dans l’histoire des luttes des travailleurs immigrés en France. Ces pratiques cinématographiques collectives questionnent également un certain usage politique du cinéma aujourd’hui disparu.

Penarroya Saint-Denis (Nouvelle Société n°8) – Collectif
[1971 – 12′ – 16mm sonore sur DVD]
Film court, intégré à la série « Nouvelle Société » du Groupe Medvedkine. Peu diffusé à l’époque, et réalisé dans l’urgence d’une lutte, celle des travailleurs de Penarroya Saint-Denis, qui donnera naissance à une mobilisation d’ampleur nationale.

Dossier Penarroy : les deux visages du trust – Dominique Dubosc / Cahiers de Mai
[1972 – 18′ – 16mm sonore sur DVD]
Film réalisé par des militants des Cahiers de Mai, à la demande des ouvriers de Penarroya-Gerland. Il est réalisé en préparation de leur grève, sur le modèle de leur cahier de revendications, et destiné a être diffusé largement, lors de soirées d’information et de soutien aux grévistes.

Penarroya Villefranche – Michel Leclercq et les ouvriers de Penarroya Villefranche
[1980 – 20′ – Diapositives et bande sonore sur DVD]
Dix ans après la grève de Gerland, les ouvriers de l’usine Penarroya de Villefranche se mobilisent de nouveau pour faire valoir leurs droits. Michel Leclercq, ancien militant de Cahiers de Mai, marqué par l’utilité de la réalisation de films militants, leur propose la réalisation d’un diaporama sonore.

18h : Séance avec Ciné-Travail

Notre santé n’est pas à vendre – Réalisation collective – Association Dauphinoise de Coopération Franco-Algérienne
[1975 – 51′ – 16 mm sur DVD]
Cette séance est l’occasion de faire redécouvrir ce film tourné en 1973, élargissant la problématique des droits des travailleurs immigrés (travail, salaire, santé, logement) à d’autres exemples et enjeux, aussi bien régionaux que nationaux. Ce film a été réalisé collectivement par des travailleurs et des experts de la santé grenoblois, sans expérience professionnelle du cinéma.

20h30 : Histoire d’un film, Mémoire d’une lutte – Carte Blanche à Tangui Perron

Cette séance sera l’occasion de découvrir le travail singulier de recherche, d’édition et de programmation de Tangui Perron, historien du cinéma militant, membre de l’association Périphérie (chargé du patrimoine), collaborateur aux Archives de Seine-Saint-Denis et éditeur de la collection «Histoire d’un film, Mémoire d’une lutte». Tangui Perron proposera une conférence-projection, autour de l’importance des «rushes», de leur conservation, et des traces qu’ils portent dans l’histoire sociale du cinéma militant.

Pour plus d’infos :
Tél. : 04.78.61.71.18
Les Inattendus

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