Quelques fois, les préoccupations se rencontrent dans des entrechocs qui ne sont certainement pas fortuits.

Le 20 novembre, Le Rize de Villeurbanne accueillait la deuxième édition des Friches à l’œuvre. Il s’agissait d’une journée d’interventions et de débat autour de la mémoire industrielle dans les projets urbains actuels, et en particulier de la préservation de certains sites industriels, actuellement en friche, afin de conserver les traces matérielles d’espaces porteurs d’une mémoire à la fois architecturale, technique, ouvrière, militante, etc.
Mais quelle préservation et pour quels projets urbains ? Comment insérer une mémoire en train de s’effacer dans de nouveaux espaces urbains souvent en rupture avec les précédents ? Et quelle formes mémorielles sont-elles en œuvre dans ces projets : remémoration, commémoration, récit folklorisé ? Quel dialogue tisser, dans nos villes, entre passé et présent et comment ? Pourquoi la préservation du patrimoine industriel est-elle pratiquement absente des projets de certaines agglomérations, notamment celle du Grand Lyon qui a pourtant un passé dans ce domaine plutôt conséquent ?
Les interventions étaient riches et j’espère que les enregistrements seront mis en ligne sur le site du Rize, notamment celui d’Amélie Nicolas, sociologue, qui s’est intéressée aux usages sociaux de la mémoire dans un projet de réaménagement urbain sur un ancien site industriel de Nantes.

Une semaine plus tard, le festival A nous de voir organisait une journée de projection autour du thème « Habiter la ville » qui posait, elle aussi, mais en d’autres termes, la question de la rénovation urbaine et des projets politiques qui la sous-tendent. L’espace de la friche industrielle étaient au cœur d’un très beau film centré sur le quartier de Gerland à Lyon, Les Hommes debout, de Jérémy Gravayat.

Ce film mosaïque essaie, à partir d’un même espace, de tisser des liens entre différentes époques et différentes populations, toutes marquée par le poids de l’exploitation et de la précarité : travailleurs immigrés ayant mené des luttes dans les usines de Gerland dans les années 1970, ouvriers employés aujourd’hui sur les chantiers de rénovation du quartier, squatteurs et sans papiers ayant trouvé un refuge dans les friches industrielles abandonnées… Jérémy Gravayat se frotte aux marges de nos villes, pour en saisir des bribes, des traces, des gestes, des ombres  et des lumières, et construire un récit sensible  sur notre monde urbain actuel.

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