Imagerie populaire de la GuillotièreL’exposition, qui se tiendra au Musée de l’imprimerie, présente à mes yeux un très grand intérêt. Elle s’intitule :

Au bonheur des images : estampes populaires à la Guillotière au 19e siècle

et se déroulera du 25 mars au 26 juin.

Voici quelques éléments d’introduction à cette exposition :

« Entre 1825 et 1896, des familles originaires du Piémont et du Tessin s’installent à Lyon, sur la rive gauche du Rhône. Le quartier de la Guillotière est alors une commune indépendante, pittoresque agglomérat métissé, d’auberges bon marché, de petits commerces, de fabriques diverses. Les Barella, Bernasconi, Cantoni, Cereghetti, Clericetti, Gadola, Ponti, Schera, Spinedi, sont d’abord encadreurs d’images et d’estampes. À la même époque (1837), le mulhousien Godefroy Engelmann met au point un procédé qui permet d’imposer l’impression en couleurs à grand tirage dans la reproduction des images : la chromolithographie. Des centaines de milliers d’exemplaires d’oeuvres de toutes sortes — des plus prestigieuses aux plus populaires — des plus raffinées aux plus vulgaires, vont inonder la France, l’Europe et l’Amérique du Nord. À la Guillotière, les encadreurs italiens exploitent le filon de cette invention et se font éditeurs et marchands d’images : les chromos à la lyonnaise sont nés. Le terme de chromos, abréviations de « chromolithographie », fait référence à une catégorie d’images dites populaires ; le terme ne désigne jamais les prestigieux travaux d’édition que la technique d’Engelmann a permis de réaliser.
Les marchands de la Guillotière vont diffuser à Lyon, en France et en Europe, une production qui a longtemps échappé à toute inventorisation du fait de son caractère éphémère, de sa courte période d’exploitation (moins d’un siècle) et de son mode de diffusion hors des circuits du livre, notamment par le colportage.
Les sujets évoqués par ces images, comme tous les imprimés éphémères, reflètent les modes, l’actualité, les préoccupations du moment. Michel Chomarat et Jean-Paul Laroche ont dénombré un très large éventail de sujets, souvent baignés d’une lumière bien lyonnaise, même si l’imagerie religieuse constitue au départ le fonds de commerce des marchands italiens de la Guillotière. »

Estampe de Bernasconi - La Guillotière

Cette expositions me paraît intéressante car elle montre que, dans le quartier de la Guillotière, dans la 1ère moitié du 19e siècle, apparaissent des formes pré-industrielles d’une production culturelle à destination des classes populaires. Elles sont, en quelques sortes, les prémisses de la culture de masse qui prendra véritablement forme à la fin du 19e siècle. En effet, à côté des éditeurs originaires du Tessin, on trouve aussi, par exemple, des mouleurs en plâtre italiens qui ont joué un rôle important dans le développement d’une « statuaire du peuple » dans la deuxième moitié du 19e siècle. L’organisation du travail reste artisanale dans les deux cas, mais les techniques de production et la standardisation croissante des produits annoncent des formes plus industrielles. Il y a, en tout cas, un champ d’investigation qui me paraît intéressant et qui donne une autre image de ce quartier alors en pleine expansion.

Musée de l’imprimerie
13 rue de la Poulaillerie – 69002 Lyon
Exposition du mercrediau dimanche inclus
de 9 h 30 à 12 h et de 14 h à 18 h

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