Lyon de la guillotière à GerlandJe n’ai plus rien publié sur ce blog depuis la fin de l’année dernière. La rédaction de l’ouvrage que je prépare sur l’histoire de l’immigration italienne dans l’agglomération lyonnaise m’a beaucoup monopolisé et n’a pas laissé beaucoup de place à d’autres activités.
Mais je vais essayer de reprendre, peu à peu, mes petits billets, mes infos au fil de l’eau, mes quelques notes de lecture, avec toujours les mêmes centres d’intérêt : les migrations et l’immigration, le monde ouvrier, les métiers de la construction, l’évolution du bâti et son impact sur les habitants des villes, notamment dans les quartiers populaires. Et toujours un espace de prédilection : Lyon et son agglomération.

À ce propos, je voudrais signaler un livre auquel j’ai participé : Lyon de la Guillotière à Gerland, Le 7e arrondissement, 1912-2012 (sous la dir. Dominique Bertin), Éditions Lyonnaises d’Art et d’Histoire, mai 2012. Il s’agit d’un ouvrage collectif destiné à célébrer le centenaire du 7e arrondissement en revenant sur l’histoire longue de ce territoire et de ses habitants. J’y ai été chargé d’un chapitre concernant les immigrants dans ce quartier.

Les luttes des travailleurs chez Penarroya

Documentaire « Comment se mettre d’accord » de Dominique Dubosc, 1973

Le 7e arrondissement est un bon sujet d’étude pour qui s’intéresse à l’histoire de l’immigration dans une grande ville industrielle parce qu’il réunit en fait deux espaces très différents, la Guillotière et Gerland. Ces deux espaces se sont constitués successivement, l’un durant la première industrialisation qui commence à la fin du 18e siècle, l’autre avec la seconde industrialisation à partir du 2e tiers du 19e siècle. Cela a produit deux histoires migratoires relativement différenciées.
La Guillotière est un ancien faubourg qui est devenu l’un des plus importants quartiers populaires de la ville. Il a accueilli très tôt une population migrante assez importante, d’abord surtout saisonnière mais qui s’est fixée peu à peu dans cet espace. Elle était surtout employée dans des ateliers, sur les chantiers et dans le commerce et s’est sédimentée au cours des décennies.
Gerland a pris la forme d’un quartier ouvrier né aux marges de l’espace urbain et où les usines ont tout de suite dominé. Les étrangers, très nombreux, y sont arrivés en masse à partir des années 1880 pour y occuper les postes déqualifiés et ont expérimenté le double statut dominé de manœuvre et d’étranger.
Etudier l’immigration dans le 7e arrondissement a aussi été l’occasion de revenir sur des faits et des événéments peu ou mal connus comme le trafic d’enfants italiens dans les verreries de Gerland à la fin du 19e siècle, le quartier de baraques qui s’est développé autour de l’avenue Debourg et où ont vécus de nombreux immigrants entre les années 1920 et les années 1960, les attaques anti-italiennes à la Guillotière en 1894, ou la grève victorieuse des travailleurs maghrébins de l’usine Penarroya en 1972 qui a marqué le début d’une mobilisation nationale pour faire évoluer la législation sur les maladies professionnelles liées au plomb.

Un deuxième ouvrage sur l’histoire du 7e arrondissement va bientôt suivre. Né du colloque qui a eu lieu en mai 2012, il sera l’occasion d’approfondir les questions évoquées dans l’ouvrage déjà paru qui est plus « grand public » et qui a été l’occasion de publier de nombreux documents iconographiques sur un quartier dont l’histoire visuelle était jusqu’alors assez pauvre.

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