Villes industrielles


Speriamo ! Mémoire de l'immigration italienneLe Rize de Villeurbanne organise une journée de rencontres et de réflexion sur les questions mémorielles liées à l’immigration italienne.

Speriamo ! Mémoires de l’immigration italienne
vendredi 28 novembre 2014 au Rize

Des dizaines de milliers d’Italiens sont venus s’installer en France sur plusieurs générations pour trouver du travail ou, minoritairement, pour des raisons politiques. Mais leur parcours individuel et collectif, la transmission de leurs cultures, nationale mais aussi régionale et locale, leurs langues, parfois l’absence de transmission, n’a pas fait l’objet d’un travail mémoriel important jusqu’à récemment. C’est le cas notamment dans l’agglomération lyonnaise, alors que cette immigration a pourtant représenté une part importante de l’apport de population étrangère de la région entre 1860 et 1960.

Journée d’étude organisée avec la collaboration scientifique de Jean-Luc De Ochandiano, historien, auteur du livre Lyon à l’italienne et Olivier Chavanon, sociologue à l’Université de Savoie.

———–

Programme détaillé (téléchargez la version pdf)

8h45 : Accueil café

9h15 : Se souvenir ?
Introduction par Xavier de la Selle, directeur du Rize
La matinée sera consacrée à interroger la nécessité d’un ancrage territorial pour les mémoires, alors que l’immigration a peu de « lieux de mémoire ». La disparition de lieux comme le « Village nègre » dans le 8e arrondissement de Lyon, la transformation rapide de quartiers ouvriers comme Gerland, Perrache, le quartier du Tonkin et à plus grande échelle de villes comme Villeurbanne, produisent un effacement des traces matérielles de l’immigration italienne. Quel impact cela peut-il avoir sur les processus mémoriels en
cours, sur les éléments de connaissance, de reconnaissance et de visibilité des mémoires de l’immigration italienne dans l’espace urbain de l’agglomération lyonnaise ? Cela nous renvoie également en écho à l’espace privé et aux pratiques familiales, servant ou non de points d’ancrage pour cette mémoire : la diversité des parcours individuels et familiaux permet-elle vraiment de tirer des fils conducteurs dans les mouvements d’appropriation de ses origines par les générations successives ?

9h30 : Histoire de l’immigration italienne et jeux de mémoire
Jean-Luc De Ochandiano, conservateur des bibliothèques et historien
Au fil de ses recherches sur l’histoire de l’immigration italienne à Lyon, Jean-Luc De Ochandiano a pu éclairer un panorama local riche et complexe, qu’il exposera en préambule de cette journée. Ce récit permettra de souligner que, dès le 19e siècle, des constructions identitaires et mémorielles sont en jeux autour et au sein de l’immigration italienne, qu’elles sont liées à des réalités locales mais aussi à des problématiques nationales, que ce soit la construction des États-nations, l’histoire des relations franco-italiennes ou l’importance grandissante ces dernières années d’un travail de mémoire sur l’immigration en France.

10h : L’immigration à l’épreuve des mémoires
Olivier Chavanon, sociologue à l’Université de Savoie
À partir de la projection du documentaire Mémoires d’un village nègre qu’il a réalisé en 1993 – 95 avec Frédéric Blanc, Olivier Chavanon se propose de mettre en perspective la mémoire migratoire en tant que construction sociale des individus, aller-retour permanent entre construction identitaire personnelle, familiale et représentations territoriales.

10h30: échanges avec la salle

11h : Reconstructions de la mémoire et territorialisation
Frédéric Blanc, ingénieur de recherche en anthropologie
L’étude de micro-groupes sociaux d’immigrés italiens vivant à Parilly, dans la banlieue de Lyon, a permis à Frédéric Blanc de travailler sur les processus de territorialisation et de définition identitaire et mémorielle de ces groupes. Il nous en présentera les différents aspects, comme par exemple, la confrontation à une représentation de soi imposée par l’extérieur.

11h30 : Langue et non-langue des Enfants d’Italiens, ruptures et continuités dans la mémoire de l’immigration italienne
Isabelle Felici, professeur en études italiennes, Université Paul Valéry Montpellier 3
À partir, notamment, de l’analyse des témoignages rassemblés dans ses ouvrages Racines italiennes (Laboratoire Babel, Toulon, 2006) et Enfants d’Italiens, quelle(s) langues parlez-vous ? (GEHESS, Toulon, 2009, en collaboration avec Jean-Charles Vegliante, CIRCE Paris 3) et dans un troisième volume en cours de publication intitulée Sur Brassens et autres enfants d’Italiens, Isabelle Felici interrogera la complexité du lien au pays d’origine au travers du prisme de la langue.

12h : échanges avec la salle
12h30 : repas libre

14h : Transmettre ?
Introduction par Anne-Catherine Marin, directrice des Archives municipales de Lyon
L’après-midi permettra d’interroger le rôle des acteurs associatifs, institutionnels et des politiques publiques sur les questions d’histoire et de mémoire de l’immigration. Du côté des institutions, musée ou archives notamment, comment collecte-t-on aujourd’hui la mémoire de l’immigration ? Que conserve-t-on (et donc que rejette-t-on) de cette mémoire et comment la met-on à disposition du public ? D’une manière plus large, l’immigration italienne ne semble pas avoir vraiment fait mémoire dans le Grand Lyon, est-ce parce que c’est une agglomération qui s’intéresse peu à son histoire migratoire et ouvrière ? Quelle est la place des associations dans cette transmission ? A-t-elle plus de place dans d’autres villes, d’autres régions de forte immigration ? Cet après-midi interrogera d’une manière transversale comment la mise en visibilité, dans l’espace social, des mémoires de l’immigration, transforme l’image que l’on a de soi, de son parcours et de sa place dans l’espace social.

14h30 : Le Festival du Film italien de Villerupt
Oreste Saccheli, président du Festival
Fondé en 1976, le Festival du film italien de Villerupt en Lorraine remporte une forte adhésion du public et a suscité l’intérêt de nombreux chercheurs quant à son originalité et son identité, entre émigration et milieu ouvrier, ethnographie et multiculturalisme, même si les organisateurs ne tiennent pas à être enfermés dans ces catégories. Oreste Saccheli se propose d’interroger le Festival comme centre d’une vaste zone d’« italianité diffuse » sans que cette « italianité » ne soit au coeur des ambitions de la manifestation pour autant.

15h : L’exposition « Un air d’Italie », la présence des Italiens en Isère à Grenoble
Olivier Cogne, chargé d’expositions au Musée Dauphinois
Le Musée Dauphinois a fait le choix, de longue date, d’élargir sa mission pour évoquer la diversité culturelle, en présentant notamment l’histoire des communautés d’origine étrangère. Olivier Cogne présentera l’exposition Un air d’Italie produite en 2011, qui a également exploré cette notion « d’italianité », définie comme un « sentiment diffus, d’appartenance à une terre, à une langue, à une culture, que chaque Italien d’origine porte en lui. »

15h30 : Le Musée Paolo Cresci de Lucca : une mémoire nationale dans un petit musée local
Silvia Bernardi, collaboratrice du Musée Cresci sur l’immigration à Lucca (Toscane)
Dans l’Italie des années 1970, l’épuisement du phénomène migratoire se manifeste à travers le début d’un jeu de commémorations qui marquent la nécessité d’un recouvrement de la mémoire des émigrés italiens. Le désir de représentation de ce chapitre de l’histoire nationale transforme cette initiative, entre la fin des années 1990 et le début du 21e siècle, en musées ou sections de musées dédiées à l’émigration, principalement au niveau local. Silvia Bernardi analysera ces aspects à travers le cas de la naissance du Musée Paolo Cresci de Lucca, doté d’un des plus grands fonds d’archives sur le thème en Italie.

16h : échanges avec la salle

16h30 : La mémoire collective : un processus immatériel ?
Jacques Barou, directeur de recherches émérite au CNRS laboratoire PACTE de Grenoble
Conclusion de la journée.

Entrée libre
Accès : 23 rue Valentin Haüy 69100 Villeurbanne
Contacts :
04 37 57 17 17
lerize@mairie-villeurbanne.fr

Publicités

Anniversaire de ThomasMercredi 12 novembre, à 18h30,
aux Archives municipales de Lyon,
projection du film :

L’anniversaire de Thomas :
Villerupt, ville du fer

Suivi d’un débat organisé par Ciné-Travail avec le réalisateur, Jean-Paul Menichetti, et Jean-Luc de Ochandiano, historien de l’immigration

Le film nous raconte l’histoire des immigrés italiens qui ont quitté leur pays pour s’enfoncer dans les mines et les usines de la Lorraine du Nord.
Cent ans après, les hauts-fourneaux ont cessé d’embraser le ciel jour et nuit. Sont demeurés des hommes sans travail, sans identité. Leurs enfants prolongent leur histoire et et font œuvre de mémoire à travers ce film.

Entrée gratuite.

Ça y est, l’ouvrage sur lequel je travaille depuis 2009 et qui m’a accaparé ces derniers mois (d’où mon silence sur ce blog) est pratiquement terminé.
Pour ceux qui n’ont pas suivi les épisodes précédents, il s’agit d’un ouvrage sur l’histoire de l’immigration italienne dans l’agglomération lyonnaise et il s’appellera :

Lyon à l’italienne
Deux siècles de présence italienne dans l’agglomération lyonnaise

Comme vous pourrez le voir, il s’agit d’un beau livre proposant une riche iconographie (300 images) en grande partie originale. Mais le texte n’est pas sacrifié pour autant : il repose sur un véritable travail en archives et sur des enquêtes orales pour la période la plus récente.

Vous pouvez télécharger dès maintenant le bon de souscription afin de l’acquérir à un prix préférentiel. En effet, l’ouvrage coûtera 35 euros en librairie. Mais, avec la souscription, vous pourrez l’acquérir au prix de 25 euros si vous le retirez chez l’éditeur, Lieux Dits (qui a ses bureaux en bas des pentes de la Croix-Rousse, à Lyon), ou à 29 euros si vous souhaitez qu’il vous soit envoyé.

Lyon à l'italienne : deux siècles de présence dans l'agglomération lyonnaise - Jean-Luc de Ochandiano Bon de souscription

Dès la sortie de l’ouvrage, prévue pour le 16 septembre 2013, un courrier sera envoyé à ceux qui viendront le retirer auprès de Lieux Dits et nous vous communiquerons aussi des plages horaires pendant lesquelles je serai présent pour vous rencontrer et dédicacer l’ouvrage.

J’espère pouvoir vous compter parmi mes lecteurs et, pour ceux qui ont lu Lyon, un chantier limousin, poursuivre le chemin parcouru ensemble.

Le Rize de Villeurbanne continue courageusement d’explorer le territoire de sa commune d’implantation. Il l’a fait par le biais de conférences, de colloques, en finançant des recherches universitaires. Il utilise maintenant les ressources des nouvelles technologies en créant un Webdocumentaire consacré au quartier de Saint-Jean : http://vudesaintjean.villeurbanne.fr

« Saint-Jean, le plus petit quartier de Villeurbanne, a d’abord été une étendue de terres cultivées, mais inondables, longtemps ballottées entre des bras fluviaux instables. À la fin du 19e siècle, la construction d’une digue « insubmersible » (actuellement le périphérique Laurent-Bonnevay) et l’inauguration du canal de Jonage viennent dessiner une double frontière qui sépare le quartier du reste de la ville, alors qu’un bras du fleuve (anciennement l’île du Mens) qui marquait la limite avec Vaulx-en-Velin disparaît. La maîtrise des débordements du Rhône à partir des années 1950 va permettre une urbanisation du quartier qui se fera de manière composite, mêlant grands ensembles de logements sociaux, pavillons individuels, jardins ouvriers, entreprises et terrains de sport.
Saint-Jean est désormais un quartier de Villeurbanne où habitants et institutions doivent composer avec cet héritage, qui le fait ressembler à un village, à l’extrémité de la ville mais au cœur de l’agglomération. Ce territoire est aujourd’hui traversé de nombreux enjeux : projets de développement urbain, difficulté de développer des services publics à l’échelle des besoins (éducation, transports publics et emploi), accompagnement des habitants touchés par les difficultés économiques, accueil de nouveaux arrivants ».

De nombreuses initiatives vont accompagner cette exploration du territoire de Saint-Jean et cette saisie de la parole de certains de ses habitants. Pour en savoir plus, consultez le site du Rize.

Venez le 18 octobre, à 19h, au Rize de Villeurbanne pour le café-patrimoine :

Il y a quelques mois, j’avais parlé de Vincent Veschambre, géographe et professeur à l’école d’architecture de Lyon, pour ses recherches très intéressantes sur la notion de patrimoine et de « patrimonialisation » dont on peut mieux comprendre les enjeux sociaux, culturels, politiques et symboliques en lisant son livre Traces et mémoires urbaines, enjeux sociaux de la patrimonialisation et de la démolition publié aux Presses universitaires de Rennes en 2008, ou en lisant la présentation qui en a été faite dans la revue Géocarrefour.

Le 25 septembre à 19, à la Maison Rhodanienne de l’environnement, Vincent Veschambre sera l’invité de Robins des Villes pour une conférence-débat sur cette notion de patrimoine :
Depuis la fin du XIXème siècle et surtout depuis une trentaine d’années, le patrimoine cesse de se réduire aux seuls monuments historiques et fait l’objet de nombreuses définitions.
Le succès des Journées du patrimoine et la diversité des visites proposées montrent que tout type d’espaces et de bâtiments peuvent, a priori, faire aujourd’hui l’objet de processus de patrimonialisation.
Comment un site devient-il patrimoine ? Comment définir ce qui relève de l’intérêt général, mérite d’être conservé et mémorisé dans la ville contemporaine ?

Robins des Villes
Tel : 04 72 77 19 94
Mail : contact@robinsdesvilles.org
Maison Rhodanienne de l’environnement : 32 rue Sainte Hélène Lyon 2e

Lyon de la guillotière à GerlandJe n’ai plus rien publié sur ce blog depuis la fin de l’année dernière. La rédaction de l’ouvrage que je prépare sur l’histoire de l’immigration italienne dans l’agglomération lyonnaise m’a beaucoup monopolisé et n’a pas laissé beaucoup de place à d’autres activités.
Mais je vais essayer de reprendre, peu à peu, mes petits billets, mes infos au fil de l’eau, mes quelques notes de lecture, avec toujours les mêmes centres d’intérêt : les migrations et l’immigration, le monde ouvrier, les métiers de la construction, l’évolution du bâti et son impact sur les habitants des villes, notamment dans les quartiers populaires. Et toujours un espace de prédilection : Lyon et son agglomération.

À ce propos, je voudrais signaler un livre auquel j’ai participé : Lyon de la Guillotière à Gerland, Le 7e arrondissement, 1912-2012 (sous la dir. Dominique Bertin), Éditions Lyonnaises d’Art et d’Histoire, mai 2012. Il s’agit d’un ouvrage collectif destiné à célébrer le centenaire du 7e arrondissement en revenant sur l’histoire longue de ce territoire et de ses habitants. J’y ai été chargé d’un chapitre concernant les immigrants dans ce quartier.

Les luttes des travailleurs chez Penarroya

Documentaire « Comment se mettre d’accord » de Dominique Dubosc, 1973

Le 7e arrondissement est un bon sujet d’étude pour qui s’intéresse à l’histoire de l’immigration dans une grande ville industrielle parce qu’il réunit en fait deux espaces très différents, la Guillotière et Gerland. Ces deux espaces se sont constitués successivement, l’un durant la première industrialisation qui commence à la fin du 18e siècle, l’autre avec la seconde industrialisation à partir du 2e tiers du 19e siècle. Cela a produit deux histoires migratoires relativement différenciées.
La Guillotière est un ancien faubourg qui est devenu l’un des plus importants quartiers populaires de la ville. Il a accueilli très tôt une population migrante assez importante, d’abord surtout saisonnière mais qui s’est fixée peu à peu dans cet espace. Elle était surtout employée dans des ateliers, sur les chantiers et dans le commerce et s’est sédimentée au cours des décennies.
Gerland a pris la forme d’un quartier ouvrier né aux marges de l’espace urbain et où les usines ont tout de suite dominé. Les étrangers, très nombreux, y sont arrivés en masse à partir des années 1880 pour y occuper les postes déqualifiés et ont expérimenté le double statut dominé de manœuvre et d’étranger.
Etudier l’immigration dans le 7e arrondissement a aussi été l’occasion de revenir sur des faits et des événéments peu ou mal connus comme le trafic d’enfants italiens dans les verreries de Gerland à la fin du 19e siècle, le quartier de baraques qui s’est développé autour de l’avenue Debourg et où ont vécus de nombreux immigrants entre les années 1920 et les années 1960, les attaques anti-italiennes à la Guillotière en 1894, ou la grève victorieuse des travailleurs maghrébins de l’usine Penarroya en 1972 qui a marqué le début d’une mobilisation nationale pour faire évoluer la législation sur les maladies professionnelles liées au plomb.

Un deuxième ouvrage sur l’histoire du 7e arrondissement va bientôt suivre. Né du colloque qui a eu lieu en mai 2012, il sera l’occasion d’approfondir les questions évoquées dans l’ouvrage déjà paru qui est plus « grand public » et qui a été l’occasion de publier de nombreux documents iconographiques sur un quartier dont l’histoire visuelle était jusqu’alors assez pauvre.

Page suivante »