Ces Alsaciens venus d'ailleursDans mon billet du 19 janvier, j’ai commencé à proposer des pistes pour trouver des ressources concernant l’histoire et les mémoires de l’immigration.
Voici un nouveau billet pour trouver, cette fois-ci à l’échelle régionale, des ressources sur ces questions.

N’hésitez pas à me signaler toute initiative et tout centre de ressources que j’aurais oubliés.

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L’enquête ACSÉ,  Histoires et mémoires des migrations en région :

L’agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSÉ) a impulsé, en 2005, une série d’enquêtes consacrées à l’histoire et à la mémoire des migrations sur l’ensemble du territoire français. Dans chaque région, une équipe a été chargée d’élaborer un rapport retraçant le passé migratoire de la région. Ces rapports proposent :

  • Une synthèse historique sur l’immigration dans la région concernée ;
  • Des données statistiques ;
  • Une bibliographie détaillée ;
  • Un recensement des sources d’archives existantes au sein des archives municipales ou départementales de la région.

Bien que déjà datés et inégaux en qualité, ces travaux sont très intéressants pour démarrer une recherche sur l’immigration dans une zone géographique déterminée.
Consulter les rapports finaux sur le site Clio

Certaines enquêtes sont accessibles sur d’autres sites :

  • Histoire et mémoire de l’immigration en Bretagne : Tome 1, Tome 2, Synthèse (accès sur le site de l’ODRIS)
  • Histoire et mémoires des immigrations en région Ile-de-France : Parties 1 à 8 (accès sur le site de Génériques)

Certaines de ces recherches ont donnée lieu à des publications commerciales :

  • Ile-de-France : Natacha Lillo (ss dir.), Histoire des immigrations en Ile-de-France de 1830 à nos jours, Paris : Publibook, 2012, 220 p.
  • Alsace : Yves Frey, Ces alsaciens venus d’ailleurs. Cent cinquante ans d’immigration en Alsace, Nancy : Place Stanislas, 2009, 190 p.

Natacha Lillo - Histoire des immigrations en Ile-de-France

Les réseaux régionaux pour l’histoire et la mémoire de l’immigration :

Plusieurs réseaux régionaux œuvrant pour l’histoire et la mémoire de l’immigration se sont constitués ces dernières années. Certaines proposent des sites offrant des ressources et des informations diversifiées :

 Autres initiatives régionales et locales :

AncrAges
Centre de ressources dédié à l’histoire et aux mémoires des migrations en Provence-Alpes Côte d’Azur.
Consulter le catalogue d’AncrAges

Ancrage en Partage
L’association Ancrage en Partage s’intéresse à l’histoire de l’immigration en Lot-et-Garonne. Elle a réalisé une exposition, Jeter l’ancre entre Lot et Garonne, qui dispose d’un site intéressant.

 Migrations à Besançon – Histoire et Mémoires
Ce site collaboratif est une initiative du Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de la Ville de Besançon.

ODRIS (Observation Diffusion Recherche Intervention en Sociologie)
Association créée en 2001 qui a pour objectifs de développer et de diffuser la recherche anthropologique et sociologique sur les questions suivantes : migrations, rapports sociaux de sexe, religions, socialisation, santé, action sociale et politique publique
Il donne accès à l’OMB (Observatoire des migrations en Bretagne), répertoire des travaux sur l’immigration étrangère en Bretagne. Il publie la lettre d’information BRID (Bretagne Réseau Immigration Discrimination).

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Nos ancêtres n'étaient pas tous des gauloisAprès les événements de ces derniers jours, qui provoquent d’ores et déjà des tensions fortes autour des questions d’immigration, et qui vont certainement favoriser encore les attitudes de stigmatisations des étrangers et des Français d’origine étrangère, il est nécessaire de ne pas baisser les bras et de faire comme si de rien n’était.
Il est notamment nécessaire de continuer la réflexion sur ces questions et de s’appuyer pour cela sur des travaux de recherche en histoire, sociologie, sciences politiques, etc.
L’histoire de l’immigration reste une thématique relativement marginale dans la discipline historique, tout comme l’est son objet d’étude au sein de la société. Mais les travaux réalisés permettent de commencer à avoir aujourd’hui une meilleure connaissance de cette histoire multiple et complexe et de continuer le travail de recherche.
Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus sur ces questions, pour celles et ceux qui entament des recherches sur l’histoire de l’immigration, je vais proposer une série de billets qui donnent des pistes pour trouver des ressources dans ce domaine.

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Ce premier billet s’intéressera à quelques sites incontournables qui proposent des informations, des synthèses, des ressources souvent diversifiées. Certains donnent accès à des catalogues permettant de mener des recherches plus approfondies de références sur la question ou de trouver des ressources électroniques directement consultables en ligne.

Génériques
Génériques est une association dédiée à l’histoire et la mémoire de l’immigration. Ses activités sont multiples (recherches, publications, formations, réalisations d’expositions, etc.). Son site propose de nombreuses informations et ressources en ligne.
Il donne, en particulier, accès au portail Odysseo qui permet d’identifier et de localiser les sources sur l’histoire de l’immigration de 1800 à nos jours, conservées dans le réseau des archives et des bibliothèques publiques, dans les médiathèques, cinémathèques, photothèques, musées et chez des personnes physiques ou morales.
Odysseo propose aussi des documents consultables en ligne gratuitement : documents d’archives, affiches, photographies numérisées, documents sonores et audiovisuels, périodiques. Depuis 2013, il fédère également les ressources numériques de partenaires institutionnels et associatifs disposant de description d’archives ou de sources numériques sur l’histoire de l’immigration.

Musée de l’histoire de l’immigration
Le Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration est chargé de constituer une collection représentative de l’histoire, des arts et des cultures de l’immigration.
Le site du Musée de l’histoire de l’immigration offre aussi de nombreuses synthèses thématiques sur l’histoire de l’immigration, des potcasts, des films, de courtes bibliographies, etc.
Le musée héberge la Médiathèque Abdelmalek Sayad spécialisée dans les thématiques de l’histoire, de la mémoire et des cultures de l’immigration en France du XIXe siècle à nos jours. On peut consulter son catalogue en ligne.

CIEMI – Centre d’information et d’études sur les migrations internationales
Le CIEMI est une association ayant pour but de sensibiliser, par la documentation, l’information, l’édition et la formation, aux migrations internationales  comme facteur de transformation et de recomposition du paysage social, culturel et religieux des sociétés nationales. Il fait partie du réseau international des centres d’études scalabriniens (donc liés, à l’origine, à l’immigration italienne).
Le CIEMI dispose d’un Centre de documentation qui propose, en consultation sur place, 20 000 documents et 400 revues spécialisés sur l’histoire migratoire, les flux, les politiques migratoires, les questions de racisme et de discrimination, les conditions sociales des travailleurs immigrés et de leurs familles, l’intégration, les problématiques juridiques, culturelles, démographiques, religieuses liées à l’immigration, etc.
Consulter le catalogue du CIEMI

Musée de l'immigration - Un Français sur quatre est issu de l'immigration

Ressources pour l’Egalité des Chances et l’Intégration (RECI)
Le RECI est un réseau de structures ressources pour les acteurs concernés par l’immigration, l’intégration et les luttes contre les discriminations. Il offre une base de données documentaire de 20 000 références sur ces questions.
Consulter la base documentaire du RECI

Clio, site d’histoire sociale
Clio
est un site créé par des chercheurs de l’ENS et de l’EHESS offrant de nombreuses ressources et bibliographies concernant l’histoire de l’immigration. Ce site n’est plus alimenté depuis janvier 2007. Il ne permet donc pas de trouver des ressources et informations récentes. Mais il peut tout de même être très utile.
Il propose notamment :

Journal officiel des banlieues
Le Journal Officiel des Banlieues s’intéresse aux quartiers populaires qui subissent de plein fouet les effets de la relégation. Il propose une rubrique « Mémoire » qui traite régulièrement de la mémoire et de l’histoire des migrations.

INED : statistiques sur les flux d’immigration
L’INED propose des données statistiques sur les flux migratoires vers la France depuis 1994.

Je suis charlie

D'Italie et d'ailleurs : mélanges en l'honneur de Pierre MilzaPierre MILZA a joué un rôle important dans le développement des recherches sur l’histoire de l’immigration et, en particulier, sur celle de l’immigration italienne en France.

Venu des sciences politiques, il s’est d’abord penché sur les relations diplomatiques entre la France et l’Italie. C’est alors qu’il a pris conscience de l’enjeu qu’a commencé à constituer, à la fin du 19e siècle, l’immigration transalpine dans les relations entre les deux pays. Cela l’a amené logiquement à s’intéresser à l’histoire de ces centaines de milliers d’hommes et de femmes qui ont rejoint la France aux 19e et 20e siècles.

Au cours des années 1980-1990, il a impulsé de nombreuses recherches sur le sujet au sein du CEDEI (Centre d’études et de documentation sur l’émigration italienne) et a publié une très belle synthèse, qui est aussi un texte autobiographique très touchant, Voyage en Ritalie.

Voyage en RitalieAujourd’hui, un certains nombre de chercheurs en histoire, dont de nombreux spécialistes de l’immigration, lui rendent hommage en publiant D’Italie et d’ailleurs : Mélanges en l’honneur de Pierre Milza, aux Presses Universitaires de Rennes.

Des historiens (et notamment des historiennes) comme Marie-Claude BLANC-CHALÉARD et Caroline DOUKI, historienne de l’immigration italienne,  Marie-Christine VOLOVITCH-TAVARES, spécialiste de l’immigration portugaise, ou Geneviève DREYFUS-ARMAND et Natacha LILLO, qui travaillent depuis de nombreuses années sur la présence espagnole en France, témoignent par leurs recherches de l’actualité des questions liées à l’immigration et de la pertinence qu’il y a à se pencher sur notre histoire migratoire à une époque où les discours xénophobes ont tendance à envahir l’espace public.

♦ Pour en savoir plus sur l’ouvrage et consulter son sommaire.

Exposition Lyon l'ItalienneL’exposition Lyon l’italienne vient de fermer ses portes aujourd’hui.

Merci aux milliers de personnes qui se sont déplacées pour venir la voir.
Merci aussi à tous ceux qui ont contribué à son succès en se mobilisant autour de ce projet.
Merci en particulier à Anne-Catherine Marin, directrice des Archives municipales de Lyon, pour m’avoir offert la possibilité de montrer l’histoire des dizaines de milliers d’Italiens qui ont rejoint l’agglomération de Lyon depuis le 19e siècle.

Pour ceux qui n’ont pas pu venir aux Archives municipales de Lyon et découvrir les nombreux documents et objets exposés, ou qui veulent se replonger dans cette histoire, il est possible :

Livret de l'exposition "Lyon l'italienne"

  • de suivre en ligne la conférence que j’ai faite à l’université Jean Moulin Lyon 3 le 18 novembre 2013.

Lyon à l'italienne : deux siècle de présence dans l'agglomération lyonnaise - Jean-Luc de Ochandiano

Xavier Nerrière - Images du travailXavier Nerrière, l’un des animateurs du Centre d’Histoire du Travail de Nantes, vient de publier  Images du travail : les collections du Centre d’Histoire du Travail de Nantes.
Dans ce livre, il se penche sur le fonds iconographique important que possède cet organisme. C’est pour lui l’occasion de mener une réflexion historique, social, juridique et militante sur le statut de la photographie dans le monde ouvrier, et sur la manière dont les classes populaires se sont emparées de ce média pour produire des récits et des représentations qui leur sont propres. Aujourd’hui, à l’heure où l’espace industriel est en train de disparaître dans nos sociétés, ces fonds photographiques, dont de nombreux clichés sont reproduits dans le livre, témoignent de cette histoire et constituent une mémoire qu’il est important de conserver et de faire connaître.

La photographie du monde du travail a une histoire assez récente. Ce n’est que dans les années 1930 que certains photographes placent cet objet au centre de leurs projets avec, en particulier, comme le rappelle l’auteur, l’œuvre exceptionnelle de François Kollar qui a produit des centaines de clichés pour la collection La France travaille. Ces réalisations, qui s’intéressent aux ouvriers, à leurs savoir-faire et aux gestes de travail, rompent avec la photographie industrielle dont l’objectif était, jusqu’alors, de montrer les usines, leur organisation productive et non pas le travail ouvrier, et encore moins les ouvriers en tant que groupe social et communauté laborieuse.

Kollar - Pose d'ardoises

François Kollar – Pose des ardoises, Paris – La France travaille, 1931

C’est aussi pendant l’entre-deux-guerres que les appareils photos se diffusent dans les milieux populaires et que certains ouvriers commencent à photographier leur milieu de travail. Aussi, ce n’est pas un hasard si les grèves de 1936 vont voir coexister des clichés réalisés par des amateurs et ceux pris par une nouvelle génération de professionnels engagés (Henri Cartier-Bresson, Willy Ronis, Robert Capra…) qui sont en empathie avec le milieu qu’ils photographient. Pour les uns, les grèves sont l’occasion de s’emparer de la représentation de leur groupe social, de produire des photographies de l’intérieur (d’ailleurs, pour l’auteur, il existe un lien, dans le monde ouvrier, entre le fait de photographier le travail et l’engagement politique et social). Pour les autres, il s’agit de proposer un autre type de photos qui semble se dépouiller de tout style pour témoigner le plus objectivement de l’événement. Cette photographie humaniste produira des clichés qui ont une certaine parenté avec ceux réalisés par les ouvriers au même moment : formellement assez libres, immergés dans l’instant et le groupe photographié, ils rendent compte d’un moment de grande liberté et de créativité.

Mais cette parenthèse sera de courte durée et, dès l’après-guerre, la photographie du travail s’éloigne de ce projet et devient plus esthétisante et conceptuelle. Dans cette période d’accélération de la rationalisation du travail et de maîtrise de leur image par les entreprises, les ouvriers disparaissent des photographies au profit de clichés qui privilégient l’organisation du travail, la machine et la modernité de l’appareil productif, même si mai 68 renouera avec l’expérience de 1936.

Chantier boulevard des Belges-1925

Chantier de la coopérative l’Avenir, boulevard des Belges, Lyon, 1925

C’est pourquoi les photographies réalisées par les ouvriers dans leurs entreprises ont d’autant plus d’intérêt. Pour l’auteur elles constituent une forme d’« écriture photographique » que réalise l’ouvrier sur son propre milieu. Il s’interroge d’ailleurs sur la différence de traitement entre les écrits ouvriers, qui ont largement été étudiés par les historiens et les sociologues, et les corpus photographiques réalisés par des ouvriers qui n’ont pas connus un tel engouement. Ils apportent pourtant un témoignage unique sur les ambiances de travail, sur l’usine montrée comme un lieu de vie autant qu’un lieu de travail, ils portent une parole propre et constituent une « auto-représentation » du monde ouvrier qui, à ce titre, est inestimable.

Ces travaux photographiques réalisés par les ouvriers peuvent aussi constituer des formes de résistance à la disparition des groupes ouvriers, notamment dans les années 1970-1990, lorsque les usines et, à Nantes, les chantiers navals, ont commencé à fermer leurs portes. Non seulement en conservant la mémoire des lieux, des individus, des gestes, etc., mais en révélant aussi, par l’image, le groupe à lui-même (à l’occasion, par exemple, d’expositions comme à Nantes dans les années 1980). La photographie peut donc aussi être un vecteur de mobilisation et a permis, très tôt, à Nantes, une patrimonialisation de l’histoire ouvrière liée à la construction navale.

Cet ouvrage, qui se veut « un plaidoyer pour une photographie populaire », constitue donc une réflexion très intéressante, enrichie par les nombreuses analyses d’images, par l’étude fine de corpus photographiques, et par les différents points de vue abordés (dont ce court texte ne rend pas compte). Seul bémol : pour un ouvrage sur la photographie, on aurait aimé que l’iconographie soit mieux traitée. Malheureusement, l’éditeur n’a pas vraiment été à la hauteur de l’enjeu que problématise l’auteur. Mais cela ne doit pas nous détourner de cet ouvrage très riche.

Xavier Nerrière, Images du travail : les collections du Centre d’Histoire du Travail de Nantes, Presses Universitaires de Rennes, 2014, 172 p, 24 €.

invitation1L’exposition Lyon l’italienne qui se déroule aux Archives municipales de Lyon se termine le samedi 20 décembre.
Il ne vous reste donc plus qu’une dizaine de jours pour aller la voir avant sa fermeture définitive.

D’ici là, deux initiatives (les dernières) auront lieu autour de l’exposition :

♦ Le mardi 16 décembre à 19h, Concert de chansons autour de l’immigration italienne par la chorale Les mauvaises pentes.

♦ Le jeudi 18 décembre à 19h, Concert de chansons italiennes par la chorale La Tarentelle-St-Cyrote.
Le concert sera accompagné d’une intervention de Jean Guichard, ancien professeur d’italien à l’Université Lyon 2, fondateur de l’association Italie Nord-Isère et spécialiste de la chanson transalpine.